Un smartphone haut de gamme coûte nécessairement plusieurs centaines d’euros à fabriquer, bien que les prix de production que nous connaissons ne résultent généralement que d’estimations réalisées sur des appareils entièrement désossés par les plus courageux. Si l’on peut généralement estimer à la louche les marges réalisées par les constructeurs, le cas du Nexus 5 est plus problématique.

Nexus 5

Depuis le lancement du Nexus 4, directement disponible sur le Play Store, à l’instar des Nexus 7, 10 et aujourd’hui 5, la question de la stratégie de Google s’est éclairée : il s’agit, grâce à une palette de produits aux caractéristiques haut de gamme – bien que perfectibles sur certains points (voir notre test du Google Nexus 5) – d’entraîner les mobinautes vers l’univers applicatif de Google. On ne s’adresse plus uniquement aux développeurs, mais on s’attire les bonnes grâces du grand public réticent à dépenser 600 euros dans un smartphone haut de gamme, en pratiquant la politique du moitié prix, ou presque. Il n’aurait certainement choqué personne de voir un grand constructeur coréen, taïwanais ou japonais présenter un appareil du même acabit, mais dont le prix aurait dépassé de loin les 349 euros auxquels le Nexus 5 est étiqueté sur le portail de Google (version 16 Go noire ou blanche).

Le Nexus 5 dispose de caractéristiques qui le propulsent de fait dans l’univers du haut de gamme : un écran IPS Full HD, un processeur Snapdragon 800, de la 4G, bref de quoi rivaliser avec le terminal phare de LG, c’est à dire le G2 positionné dans la fourchette des 600 euros à sa sortie. Et pourtant, il coûte 349 euros, plus quelques euros de frais de port… sur le Play Store.

Car de l’autre côté de l’Atlantique, chez l’opérateur américain T-Mobile, c’est une autre affaire : avec un engagement, le smartphone reviendra à sa sortie, confirmée il y a quelques jours, à 449 dollars, soit cent dollars de plus que sur le Play Store. Réaliser un bénéfice sur la vente d’un mobile ? Aucun souci, après tout, c’est la base du commerce. A ce détail près qu’ici, un représentant de l’opérateur a confirmé à nos confrères de Cnet que T-Mobile achetait le Nexus 5 à prix coûtant directement auprès du fabricant de l’appareil, c’est-à-dire LG. Que doit-on comprendre ? C’est bien simple : si LG facture un smartphone à Google 450 dollars et que Mountain View le revend à 349, il le vend à perte. Ou, pour employer le vocabulaire de la téléphonie, l’Américain subventionne son Nexus à hauteur de 100 dollars.

On remarquera que dans l’Hexagone, le Nexus 5 est bel et bien référencé chez Bouygues Telecom et que, pour un achat nu, le tarif affiché par l’opérateur atteint 449 euros, bien que l’on n’ait pas encore le détail du prix d’achat de l’appareil. Et, si l’on remonte le temps jusqu’à la sortie du Nexus 4, on se rappellera que l’histoire était similaire : alors que le smartphone était en rupture de stock sur le Play Store, on le trouvait chez SFR autour des 630 euros (contre 300 euros fixés sur le portail de Google).

Pour prendre le problème sous un autre angle, on pourra considérer que les 100 dollars mystère résultent d’une autre composante : les frais de gestion. Quand T-Mobile évoque un “prix coûtant” payé pour le Nexus 5, il se peut qu’il désigne à la fois le prix d’achat de l’appareil et les frais de gestion qui lui sont liés : grosso modo, il pourrait fort bien inclure le salaire de ses vendeurs au total, composante qui ne concerne en rien Google. Or tout le problème réside en ce que nous barbotons dans le monde joyeux de l’hypothèse et que ni Google, ni les opérateurs qui le secondent, ne répondent clairement à la question du prix.

Se tirer une balle dans le pied ?

Pour mémoire, le prix de fabrication d’un iPhone 5 ou 5S est estimé à environ 200 euros, de même que la fabrication d’un Samsung Galaxy S4, pour ne prendre  que ces exemples. A cela, il faut ajouter le prix d’acheminement, les éléments oublié lors des estimations, et, dans le cas du Nexus 5, les bénéfices réalisés par LG qui, en tant que fabricant, ne se contente probablement pas d’une revente à prix coûtant ne lui apportant qu’un bénéfice en termes d’image. Le montant total peut-il s’élever à 450 euros ? Après tout, pourquoi pas. En adoptant ce parti-pris, une subvention de Google fait sens, si l’on n’envisage que les avantages qu’en retire le géant de la publicité : il s’agit avant tout de rapatrier dans son giron un maximum de mobinautes, attirés par le prix de leur appareil et par sa capacité à être mis à jour en avant-première dès le lancement d’une nouvelle version d’Android.

Vendre des applications, vendre de la publicité, vendre de l’affichage de son moteur de recherches, vendre son service de messagerie, vendre son réseau social. Être partout, multiforme et générateur de revenus connexes, telle semble être la stratégie de Google.

Si les ambitions du géant américain paraissent pécuniairement logiques, pour son seul intérêt, c’est peut-être oublier que Google tire le principal de ses revenus mobiles des constructeurs tiers qui intègrent son OS à leurs appareils connectés. Or parvenir à proposer un smartphone à un tarif aussi compétitif, voire dérisoire si on le compare à d’autres smartphone haut de gamme, n’est-ce pas dangereux ? Si l’on excepte Samsung, dont les finances sont au beau fixe, les temps sont durs pour les autres marques investies dans l’écosystème Android : HTC est dans le rouge, et LG ou Sony déploient une profusion d’efforts pour se hisser au sommet du marché, tout en souffrant de la concurrence des marques chinoises. Pour réaliser des bénéfices et marquer leur savoir-faire, les firmes en question se tournent vers du haut de gamme, avec des Xperia Z1 ou G2 (entre 700 et 600 euros). Quant aux opérateurs, eux aussi doivent faire face à des frais de gestion supérieurs en termes humains et matériels (leur boutiques, par exemple).

Le problème se posait l’an dernier avec le Nexus 4 pour ressurgir de plus belle avec le Nexus 5, encore mieux armé face à ses concurrents au niveau hardware : plus les Nexus se font connaître, plus les mobinautes risquent de se détourner des marques et canaux de vente traditionnels pour se tourner vers une offre qui, si elle est haut de gamme, peut être abordable. Si la norme des smartphones haut de gamme, devient 350 euros, à qui profite le crime ? Je vous le demande, mais il y a fort à parier que des constructeurs tels que Xiaomi se frottent les mains. Et que les autres tremblent de toute leur carcasse.

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