Lenovo présentera, comme prévu, son premier smartphone doté de la technologie « Project Tango » lors de sa conférence annuelle prévue demain soir. L’occasion de revenir en détail sur une technologie développée chez Google, et qui s’en émancipe aujourd’hui.

projet tango lenovo 1

Il n’y a aucune surprise véritable à attendre lors de la conférence prévue le 9 juin prochain par Lenovo. La marque chinoise, qui a absorbé voilà deux ans l’Américain Motorola, jusqu’alors détenu par Google, avait annoncé, lors du CES de janvier dernier, son intention de présenter cette année un smartphone « Projet Tango ». De l’appareil en question, on ne connaissait pas le nom – il serait question qu’il porte le nom de PHAB2 Pro – mais on savait déjà qu’il approcherait des 6,5 pouces et qu’il coûterait moins de 500 dollars. Les dernières rumeurs en date se font un peu plus précises et évoquent un écran QHD de 6,4 pouces, chez un smartphone résolument placé sur le segment des phablettes.

Mais ce projet Tango, au fait, qu’est ce que c’est ?


En 2014, la tête dans les étoiles

Pour danser le tango, rien de tel que de lever les yeux au ciel. En mars 2014, la première apparition du Projet Tango, créée par la division ATAP de Google, était associée à la NASA, rien de moins, quelques semaines à peine après la première mention de ce projet pour le moins énigmatique. On parlait alors d’un concentré de technologies intégré à des smartphones que l’agence spatiale américaine comptait fixer à des robots surnommés SPHERES, en forme de polyèdres à 18 faces, partis pour une excursion vers l’ISS, la station spatiale internationale.

sphere project tango

« SPHERES consiste en trois satellites volants à bord de la station spatiale internationale, qui teste une gamme diverse de matériel et de logiciel issus de scientifiques venant de tous les États-Unis. SPHERES est actif depuis 10 ans et continue d’être l’un des projets les plus populaires de la NASA et l’un des préférés des astronautes qui ont suffisamment de chance pour travailler sur le projet ».

SPHERE s’est donc offert les services des premiers téléphones à embarquer les technologies du Projet Tango, ce qui a permis d’en détailler le contenu. Un capteur de profondeur, une caméra avec suivi des mouvements, deux co-processeurs de vision par ordinateur, un appareil photo de 4 mégapixels : tout cela était intégré dans des smartphones dotés d’écrans de 5 pouces, et dédiés à la cartographie 3D de leur environnement. Le but : aider les SPHERES à acquérir l’autonomie nécessaire à des robots d’exploration de l’espace. Évidemment, les smartphones utilisés ont été renforcés, notamment au niveau de leur écran, et leur batterie a été remplacée par de grosses piles. Bref, le projet Tango en 2014, c’était ça :


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Retour sur terre

Les projets interstellaires de Tango ont eu tôt fait de revenir sur Terre. Il faut dire que Tango n’était en 2014 qu’à l’état de prototype, et il s’agissait surtout de fournir aux développeurs – c’est-à-dire à ceux qui seraient capables de créer des usages pour cette technologie – des plateformes de développement. Lors de la Google I/O, on en apprenait donc un peu plus concernant les travaux de Google.

tablette tango blanc

Puisqu’il s’agit de cartographier un environnement en 3D, Tango nécessitait alors la puissance la plus impressionnante possible. Il y a deux ans, c’est donc vers la puce Nvidia Tegra K1 que s’est tourné Google, espérant que le SoC serait le mieux à même d’assurer l’assemblage de dizaines de clichés capturés par les appareils pour en faire un environnement dans lequel il est possible de se déplacer. La puce, comme prévue, était alors associée à un capteur photo de 4 mégapixels, à un capteur RGB et à un port infrarouge.

Qualcomm Project Tango

À partir de là, le projet a réellement avancé. Un kit de développement, sous la forme d’une tablette, a fait son apparition à l’automne 2014 – presque en même temps que les premiers essais de la NASA, sous la forme d’une tablette vendue initialement 1024 dollars – clin d’œil geek s’il en est – puis rapidement abaissé à 512 dollars, avec, puis sans invitation. Jusqu’au mois de juin 2015, où le projet a refait surface sous la forme d’un deuxième smartphone, en partenariat cette fois non plus avec Nvidia, mais avec Qualcomm. En s’associant avec un concepteur de puces dédiées aux appareils grand public, Google signalait son intention de ne pas en rester à un projet confidentiel, mais ambitionnait une sortie commerciale visant les consommateurs, où qu’ils soient. Là encore, de nouvelles démonstrations montraient la puissance de Tango, mais sans application commerciale…


Au CES 2016, Tango fait un véritable pas en avant

L’édition 2016 du CES de Las Vegas a été le théâtre de deux annonces. D’abord, celle d’Intel, qui présentait son prototype de smartphone intégrant sa technologie maison RealSense, et s’appuyant sur le SDK du Projet Tango. Car ce projet, justement, est un projet que Google a voulu ouvert, afin d’encourager les manufacturiers à en utiliser les technologies dans leurs propres appareils – avant que d’autres ne le fassent – plutôt que de la réserver pour un appareil conçu par ses soins.

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Mais ce n’était pas l’annonce la plus intéressante du CES : les quelques éléments fournis par Lenovo se montraient alors plus prometteurs. Car pour le première fois, une marque se risquait à tabler sur une véritable sortie de produit dédié au grand public, donc fonctionnel, et intégrant cette technologie Tango. Ce fameux PHAB2 Pro évoqué par de récentes rumeurs, et dont les caractéristiques – hormis son écran QHD de 6,4 pouces restent à préciser.


Pourquoi un smartphone « Projet Tango ?

C’est la grande question. Pour l’heure, les démonstrations présentées par les équipes de Google comme de Lenovo, avec les produits de développement, n’ont montré qu’une faible partie des usages que pourront adopter un smartphone tel que le PHAB2 Pro. Un titre développé par Loewe permettant de simuler l’ajout d’un nouvel élément d’électroménager ou de mobilier dans une pièce repérée en 3D par un appareil projet Tango, quelques jeux très basiques : on ne sait pas bien à quoi serviront de tels appareils.

Tout cela s’imagine sans peine, mais aussi sans grand-chose de très concret. De la sécurisation, de la modélisation, de l’aide aux malvoyants, des applications médicales ou robotiques… Tout est possible.

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Pourtant, en annonçant l’arrivée d’un smartphone grand public se doit être le signal de celle d’usages associés à cette technologie, qui sera sans nul doute l’atout mis en avant par Lenovo la commercialisation du PHAB2 Pro. De ces usages, probablement pratiques et dédiés à l’environnement de l’utilisateur, mais aussi ludiques, avec des jeux, on ne sait rien. Espérons que Lenovo réponde à ces questions et ne se contente pas d’un mobile pour technophiles, mais sans usages concrets.

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