L’une des conséquences de l’arrivée des offres sans engagement, c’est que les clients boudent de plus en plus les achats de mobiles subventionnés. La popularité de ces offres a été entachée depuis l’arrivée du quatrième opérateur par d’innombrables comparatifs mesurant la différence de coûts sur 24 mois. Pourtant, ces offres avec mobile sont plus intéressantes qu’il n’y paraît. Encore faut-il les regarder de la bonne manière. L’arrivée de Free mobile sur ce segment est d’ailleurs un message fort sur l’intérêt de ces offres pour une partie d’entre nous. Nous allons donc tenter de décrypter ces offres avec mobile.

Opérateurs

La concurrence est souvent bénéfique pour le consommateur. Mais, dans la bataille commerciale de la téléphonie mobile, tous les opérateurs participent à un concours de mauvaise foi. Ils essayent d’appâter le client à coup de slogans, en insistant sur leurs points forts : un forfait pas cher, une grande couverture réseau, des services premium. Pourtant, beaucoup de leurs points forts peuvent s’avérer mités par de multiples points faibles… Une vraie jungle pour le consommateur ! Finalement, changer d’opérateur requiert une véritable enquête, c’est pourquoi il est aujourd’hui nécessaire de faire sa propre critique des offres disponibles.

Histoire de compliquer encore un peu les choses, Free Mobile s’est aligné sur les offres « avec mobile » en proposant la location du terminal pendant 24 mois. Ainsi, nous avons droit à une nouvelle forme de subvention ; avec ses avantages… et ses inconvénients. Alors oui, encore une fois, les prix proposés par Free Mobile sont alléchants, mais prudence ! Les consommateurs ne doivent pas oublier qu’une politique tarifaire agressive est un choix stratégique et que cela se fait au détriment d’autres points (le mobile en location, couverture qui évolue moins vite [que prévu], pas ou peu de services inclus, petit réseau de magasin, etc.). C’est pourquoi la première et principale question reste de savoir quel type d’offre est le plus adapté à nos besoins. C’est ensuite que nous pourrons regarder la manière d’acheter le téléphone.

 

Les offres existantes : entre “low-cost” et “premium”

Pour simplifier, il existe deux types d’offres sur le marché : les offres “low-cost” (20 euros par mois pour du tout illimité et de l’Internet) et les offres “premiums” (30 euros par mois minimum, avec une pléthore de services supplémentaires). À vrai dire, le véritable choix du consommateur se situe là.

Si les offres low-cost raviront la majorité, beaucoup apprécieront les services supplémentaires des offres premiums (100 Go sur le cloud, Deezer premium ou Spotify, iCoyote, Canalplay, Ligue 1, etc.) qui souvent coûtent cher. L’offre la plus généreuse (Orange Origami à partir de 30,99 euros) propose pas moins de 23 euros (mensuels) de services inclus, comme l’indique cet article du blog Figaro. Au final, les clients les plus friands de services auront tout à y gagner.

Il faut donc absolument identifier l’offre mobile adéquate avant de s’intéresser au bon moyen d’acheter son mobile. En fait, les offres de financement du terminal ne doivent pas rentrer dans le raisonnement car, comme nous allons le voir, elles proposent toutes des gains plus ou moins équivalents.

Une question de marché pertinent

Nos chers amis qui comparent le coût final d’un mobile entre offres low-cost et offres premiums usent d’arguments fallacieux. Prenons un exemple dans l’automobile : on ne compare pas directement une petite citadine avec une Porsche. Pourquoi ? Car, les deux voitures ne font pas réellement partie du même marché. Un acheteur potentiel d’une Porsche cherchera une voiture équivalente, donc une voiture de sport de plus de 50 000 euros. On parlera alors de marché pertinent (regroupant des produits substituables).

Ainsi, les arguments et calculs récurrents montrant que les offres low-cost restent moins chères malgré l’achat “plein pot” d’un terminal sont tout aussi spécieux. Nous voyons bien ici que cela n’a ni intérêt ni sens de comparer directement les deux types d’offres. Pour être juste, il faut comparer les coûts toutes choses égales par ailleurs. Car, dans le même raisonnement, une voiture citadine reste, quelles que soient les options choisies, moins chère qu’une Porsche, de là à dire que l’on a fait avancer les choses…

Le forfait mobile qui se cache derrière l’offre de subventionnement reste donc le point crucial ! C’est une fois le forfait adéquat identifié que le futur abonné pourra s’intéresser au financement du mobile. Pour les offres low-cost, il choisira entre un paiement cash (le prix du mobile “nu”) ou en 3 fois sans frais, par exemple, ou il pourra choisir l’offre de location proposée par Free Mobile depuis décembre dernier. Pour une offre premium, il pourra choisir une version “avec mobile” que l’on connait depuis quelques années déjà. Dans le cas des offres premium ou de la location du mobile, cela impliquera une période d’engagement.

La période d’engagement

Quel que soit l’opérateur, permettre au client d’accéder à un terminal est souvent pertinent et peut s’avérer gagnant. L’un des principaux arguments en faveur du « subventionnement » ou de la location de mobile est la période d’engagement inhérente. En effet, pour bénéficier d’une location ou d’une subvention sur l’achat de votre mobile, vous devrez vous engager à rester chez cet opérateur pour une durée de 12 ou de 24 mois (pour la location, l’engagement ne porte que sur celle-ci, mais la résiliation du forfait mobile impliquera une majoration du loyer de 5 euros pour les mois restants). L’engagement permet, entre autres, deux choses : garantir un revenu constant pour l’opérateur et étaler le prix du mobile sur plusieurs mois pour le client. Ce sont ici les clés du système.

Les résiliations sont devenues très simples et très rapides. Cette facilité de mouvement entre opérateurs rend le marché plus élastique : un mauvais choix stratégique (notamment tarifaire) peut avoir un impact très rapide. Aussi, dans un tel marché, l’absence de différenciation et de période d’engagement pourra tirer les prix vers les coûts marginaux, au détriment des investissements. Donc, consolider sa base client grâce aux périodes d’engagement est très intéressant, voire primordial, dans un marché fortement concurrentiel et à forts coûts fixes. De plus, pour les offres premium, un engagement minimum est nécessaire pour couvrir les coûts liés aux différents services inclus.

En revanche, sur l’étalement du prix du mobile, les choses diffèrent quelque peu selon les offres. En effet, la période d’engagement permet de rembourser une partie du mobile à travers une majoration des mensualités de 10, 12 ou 13 euros par mois selon l’opérateur. Mais ce surplus n’a pas la même définition selon l’offre et le client devra être très prudent sur ce point. Chez Bouygues Télécom, le forfait est majoré de 5 euros par mois, puis 8 euros supplémentaires sont prélevés au titre du remboursement du mobile : soit 13 euros au total. Chez Free Mobile, 12 euros sont prévus par le contrat de location. Ainsi, en cas de résiliation anticipée, ces sommes exclues du forfait (8 euros chez BT et 12 euros chez Free) sont dues en totalité. Ce qui ne sera pas le cas des offres de Orange ou SFR dont les 10/12 euros supplémentaires sont inclus dans le forfait  (seul le quart sera exigible au-delà du 13e mois d’engagement).

 

Le coût du mobile en cas de résiliation anticipée

Nous pouvons résumer cela dans le tableau ci-dessous. Nous distinguons les trois modèles du marché : prix du mobile inclus dans le forfait (Orange et SFR), prix du mobile étalé sur 24 mois avec supplément sur le forfait (Bouygues Télécom), location du mobile sur 24 mois (Free mobile). Pour chacun de ces modèles, nous indiquons le coût total du mobile (en l’occurrence le Galaxy Note III) après les 24 mois d’engagement, puis dans le cas d’une résiliation anticipée au 13e mois. Nous avons choisi d’indiquer uniquement le surplus lié à l’achat du mobile : le choix du forfait étant le sujet d’une première réflexion (en amont), il doit être indépendant de la nature du financement du mobile. Le prix du forfait intervient dans le coût de la résiliation (car nous devons payer le quart des sommes dues), mais les forfaits plus chers (aux frais de résiliation plus élevés) proposent des réductions plus importantes sur les mobiles. Au final, chez Orange comme chez SFR, le prix du mobile sera le même entre le 13e mois et le 24e mois. Ce que n’est pas le cas avec le modèle de Bouygues Télécom.

Nous noterons aussi que si le coût du mobile peut être plus faible avec Free Mobile, c’est qu’il n’est pas la propriété du client. Ainsi, il faut comparer le prix avec option d’achat (667 euros) ou prendre en compte la revente du mobile pour les offres concurrentes (environ 100-150 euros). De plus, les contraintes de la location sont plus fortes et il faudra attendre le retour des clients pour connaître les exigences de Free Mobile concernant la qualité du produit à l’issue des 24 mois, notamment sur leur définition de « l’usure normale ». Toutefois, on peut supposer que les contraintes de retour ne seront pas trop fortes (sinon le système s’écroulera).

cout mobile résiliation au 13e mois

Finalement, ce que l’on observe, c’est que ces offres sont plus ou moins équivalentes. Elles ont chacune avantages et inconvénients. C’est pourquoi la question du forfait mobile reste plus pertinente que la nature du financement du mobile.

La montée en gamme des terminaux

Le subventionnement (et la location) permet aux clients des différentes offres de disposer plus facilement d’un terminal. Nous avons vu que l’engagement de 24 mois permet de garantir tout ou partie des revenus de l’opérateur sur 24 mois. Mais ce lissage des revenus n’est pas le seul avantage pour le marché de la téléphonie mobile. Un autre argument en faveur du subventionnement ou de la location concerne la montée en gamme des terminaux.

Comme nous l’avons vu dans le dossier « Avez-vous vraiment besoin de la 4G ?», les opérateurs historiques tentent de se différencier par le réseau et les services, en proposant des offres certes plus chères, mais plus riches en contenu. Plus récemment, Free Mobile a modifié son forfait en y incluant la 4G et un fair-use de 20 Go (sous conditions). Or, l’inconvénient de telles offres est qu’elles nécessitent souvent des terminaux mobiles chers (pour accéder à tous les services proposés).

4G-Orange-SFR-Bouygues

En proposant des mobiles à des prix accessibles, les opérateurs incitent les clients à changer plus souvent et pour des modèles plus haut de gamme. Ces terminaux permettent alors aux utilisateurs de consommer encore plus de contenu, ce qui permet d’augmenter le revenu moyen par abonné. Cette augmentation du revenu moyen s’observe au travers des nouveaux usages qui poussent les utilisateurs à passer à des forfaits plus onéreux (passer d’un téléphone classique à un smartphone, ou de la 3G à la 4G par exemple).

Cette incitation est encore plus marquée durant les périodes fastes de Noël où les opérateurs proposent souvent des offres de remboursement. Ces offres pouvant représenter la quasi-totalité du prix du terminal, elles permettent donc aux utilisateurs de faire des économies substantielles. Grâce à certaines de ces offres, certains forfaits premium se payent le luxe de revenir au même prix que les offres low-cost, alléchant !

 

Récapitulatif des offres

Dans le tableau ci-dessous, nous comparons les offres avec mobiles et engagement de 24 mois. Pour la plupart de ces offres, être abonné chez le même opérateur pour l’accès à l’internet fixe permettra de diminuer la facture de 5 ou 10 euros par mois. Cela permet souvent d’avoir des offres premiums au prix très intéressant de 20 euros par mois, avec les mêmes services inclus (d’une valeur allant jusqu’à 23 euros). De plus, un giga de fair-use supplémentaire est inclus pour les forfaits Orange Internet + Mobile (comparativement à l’offre mobile seule).

Pour ce tableau comparatif, nous avons choisi d’étudier le cas du Galaxy Note III. Cela nous a permis d’inclure une offre de remboursement (de Noël) pour le forfait SFR. Bien entendu, cela n’est pas dans le but de favoriser un opérateur en particulier. Nous montrons simplement que les offres de remboursement des opérateurs historiques peuvent être très intéressantes dans certains cas.

récapitulatif offre mobile

 

Et ceux pour qui la 4G est un point essentiel du forfait pourront trouver dans la carte ci-dessous le résumé des différentes stratégies de déploiement. La carte provient de l’observatoire 4G Monitor proposé par ZDNet, en partenariat avec l’éditeur 4GMark. On y voit Bouygues Télécom misant sur la couverture, Orange sur la qualité et le débit, SFR accusant un certain retard et Free mobile victime des défauts de nouvel entrant (qu’il devrait malheureusement conserver assez longtemps).

4g_paris

 

Enfin, on notera que certains opérateurs historiques proposent la reprise de votre ancien mobile, directement en agence. Ce qui vous permet d’alléger encore la facture. Les prix de reprise ne sont pas forcément à la hauteur de ceux possibles entre particulier, mais les contraintes sont bien moindres ; par exemple, chez Orange, l’esthétique (rayures, fissures, usures) n’intervient pas et ne modifie pas la valeur de reprise, au bonheur des plus maladroits.

La reprise des téléphones a explosé et le modèle des subventions continue de fonctionner très bien. Michel Jumeau, directeur Marketing chez Orange.

Verdict

Alors, laquelle de ces offres de financement du mobile est la plus intéressante ? La réponse est simple : pas de réponse évidemment… Les forfaits proposés par les opérateurs sont si différents qu’il nous est difficile de trouver le bon compromis entre la meilleure économie sur le mobile et le meilleur forfait possible au regard de nos besoins. Dans l’histoire, il ne faudrait pas oublier que la diversification de l’offre est un bon point pour le consommateur.

Les adeptes des offres low-cost pourront se tourner vers l’offre de location de Free Mobile, en prenant en compte la couverture réseau assurée par l’opérateur. Cette offre est intéressante, encore faudrait-il attendre le retour d’expérience sur ce point : la location apporte quelques incertitudes et il est difficile de dire si cela en vaut la peine. Pour les autres offres à 20 euros, ce sera du paiement en plusieurs fois sans frais, de préférence ; les offres de crédit sur 24 mois vous coûteront beaucoup plus cher.

Pour les offres premium, le choix est tout aussi simple. Sauf si l’un des opérateurs propose une offre de remboursement très alléchante sur le modèle de téléphone que vous souhaitez, il vous faudra tout d’abord choisir le forfait ou l’opérateur chez qui vous voulez vous inscrire. Ensuite, quel que soit l’opérateur, l’offre avec mobile vous fera toujours gagner quelque deniers, bien que cela vous engage sur plusieurs mois.

Finalement, le choix est plus simple qu’il n’y parait et nous ne sommes pas vraiment devant un duel entre Free Mobile d’un côté, et les opérateurs historiques de l’autre. Pourtant, l’ambiance délétère qui règne souvent dans les débats et forums sur le sujet démontre un malaise et une sorte d’incompréhension. Le choix des uns ne doit pas remettre en cause le choix des autres. Chacun se bat sur son segment et il y aura de la place pour tout le monde. Les histoires rocambolesques que l’on raconte ici ou là pour justifier un abus de situation dont les consommateurs auraient été victimes sont des manières bien commodes de simplifier les choses : on rentre là dans la caricature. Certaines stratégies tarifaires passées ont dû être revues, mais c’est là une conséquence naturelle de la concurrence et de l’harmonisation des modèles économiques (parfois au détriment des consommateurs). Et cela ne devrait pas être le sujet de toutes ces discordes : on incite les consommateurs à entretenir un certain clivage du marché et ça, ce n’est pas normal.

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