L’édition 2014 du CES de Las Vegas vient de clore ses portes, laissant ses participants profiter des joies de la cité du jeu… ou prendre un peu de repos après un salon très fréquenté et chargé en annonces plus ou moins originales. De l’innovation en tous sens, et des objets connectés à tous les stands ou presque. Souvent portés au poignet, destinés à des usages plus ou moins flous, ils ont été la grande tendance de ce salon d’électronique. À tel point que l’on peut désormais s’interroger sur la pertinence de ces petits objets reliés en Bluetooth à un smartphone. Qu’importe les usages, si le bracelet est beau ?

Bracelets connectés

Les Français étaient présents en masse au CES, bien souvent pour faire découvrir leurs objets connectés au public. Parmi les plus célèbres, qui ont d’ailleurs valu à la délégation hexagonale une visite de la ministre Fleur Pellerin, les Withings, Netatmo, Parrot ou Sen.se. Chez eux, on a retrouvé un Aura, soit un moniteur de sommeil destiné à faciliter le repos de son utilisateur par le biais d’interactions lumineuses, un June, bracelet mesurant l’exposition au soleil de son porteur, des jouets connectés chez Parrot, et une Mother 2.0, plus précisément une base gérant les informations récoltées par les tags applicables à n’importe quel objet et qui lui sont associés.

Ne nous arrêtons pas là : si je dresse une liste des bracelets connectés que j’ai croisés sur mon chemin, me viennent en tête les noms de Garmin Vivofit, Fitbit Force, Archos Activity Tracker, Sony SmartBand, LG LifeBand Touch, Razer Nabu ou Alcatel One Touch BooMBAND… et tant d’autres dont le nom m’échappe. Ceci évidemment sans mentionner la valse des montres connectées, et une tendance que je n’avais pas forcément repérée auparavant : les écouteurs connectés. Chez LG ou chez Intel, ces petits éléments viennent piocher des informations au creux de vos oreilles, repérant notamment votre rythme cardiaque, afin de seconder les bracelets connectés qui, eux, répondent rarement à cet usage.

Sans compter la problématique des montres. Aucune ne m’a véritablement convaincue. ZTE avec une proposition intéressante mais un design laissant clairement à désirer, Burg qui fournit des montres un peu cheap à Carrefour ; Archos qui fait des montres mais y va timidement avec trois produits, dont un seul pourrait réellement en valoir la peine mais dont le prix pourrait être trop élevé, Omate qui tente sa chance avec une montre connectée et autonome… Et une foule de marques que nous ne verrons jamais en France, mais qui ont probablement pu vendre leurs produits chez des enseignes de la grande distribution, par exemple.

Le cas des bracelets fitness

Garmin Vivofit

On peut repérer une proposition plus intéressante que celle des bracelets chez les montres connectés, car elles présentent une option d’ouverture : au lieu de convaincre leur porteur de se regarder le nombril, elles permettent, pour peu qu’on cherche à en faire cet usage, de rester tourné vers le monde. C’est peut-être ce qui me dérange le plus : la tendance du CES, c’est de mâcher le travail à l’individu, dont le connected self est connecté à lui-même. Certains objets sont effectivement utiles, mais il faut s’interroger sur leur portée, leurs implications . Après tout, elles pointent du doigt certaines carences dans l’hygiène de vie de ses porteurs. Mais avouons-le, si l’on s’achète un podomètre ultra-perfectionné, c’est bien parce que l’on a conscience de manquer d’activité physique, et que l’on cherche, dans un petit accessoire à 100 euros, la motivation qui nous manque.

Connecté vers lui-même, l’adepte du prêt-à-porter connecté commet certainement, en un sens, le péché de paresse. La paresse de se tourner vers les autres et d’organiser régulièrement, le fameux match de foot entre amis ou le jogging tranquille du dimanche matin. Bien sûr, libre à lui a posteriori de consulter ses scores et de comparer, sur son application, ses résultats avec ses petits camarades. Après tout, le challenge reste une valeur positive !

Que faire de ces données ?

Cloud

Les bracelets connectés, montres et lunettes se multiplient, collectant des données à tout va. Mais que va-t-on en faire ? Il est bien beau de monitorer tous ses déplacements, ses brossages de dents, ses pesées et habitudes alimentaires. Toutes ces données partent dans le cloud, et même dans différents nuages, mais ne sont pas reliées entre elles. La problématique soulevée ici est donc celle de la sécurité des données, mesurée à l’aube de l’affaire PRISM qui a agité l’année 2013. La confidentialité, voilà ce qu’il faudra pouvoir garantir… ce qui ne sera pas une mince affaire.

La multiplicité des données recueillies par les objets connectés n’est pas seule. Il existe désormais une foule d’objets et d’applications qui leur sont associées, permettant soit de les contrôler, soit de vérifier les données qu’ils relèvent. Si l’on doute que tout un chacun soit prêt à multiplier les bracelets à son poignet et les broches au revers de son col, on peut flairer la même tendance du côté des applications. Qui est prêt, pour profiter de ses objets connectés, à consulter une application, deux, trois, voire plus pour faire le bilan de sa journée ? Les applications liées à des objets connectés sont parfois capables d’inclure des applications tierces, ou alors de contrôler plusieurs appareils lorsqu’ils font partie d’une même gamme chez une marque précise. Mais globalement, tout cela manque d’harmonisation, de protocole clair et mis en avant par le système d’exploitation Android. Pour rendre le connecté acceptable, un effort de simplification devra être à l’honneur en 2014, sans quoi la prolifération des wearable devices court le risque de causer sa propre perte.

 

Au CES 2014, les objets connectés, pour leur partie prêt-à-porter, ont révélé leur identité d’appareils portés sur le corps et tournés vers le corps, d’objets presque médicaux sans médecin, dépourvus de plateforme réellement unifiée, avec trop d’applications proliférant sur les smartphones. L’effet de mode passé, comment gérer tout cela sans lassitude pour qui oserait se lancer dans cette vie auto-surveillée ? Gageons en tout cas qu’un libertaire à la Brassens serait tombé en syncope si on l’avait entraîné dans les travées de ce CES à la découverte de ces petits bijoux de technologie que l’on nomme wearable devices, du moins tels qu’ils nous sont pour le moment offerts.

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