L’agriculture connectée a le vent en poupe. Cette année, elle était présente au salon de l’agriculture avec différents produits : des drones, des robots, des capteurs et des services, soit pour réaliser des achats, soit pour mettre en place des campagnes de financement participatif. L’objectif de tous ces produits et service est toujours identique : faciliter la vie de l’agriculteur, mais aussi réduire les coûts d’exploitation et augmenter la productivité. Pour autant l’agriculture connectée va-t-elle permettre d’atténuer les diverses crises que connaît le secteur ?

agriculture connectée

Il est loin le temps où la gestion d’une grande exploitation agricole se faisait de manière uniquement mécanique et manuelle. Les technologies utilisées par le grand public et par les agriculteurs tendent à se rencontrer. On trouve en effet de plus en plus d’objets connectés dans nos maisons (capteur de température, alarme incendie, domotique, etc.) et on voit de plus en plus de drones dans le ciel, qu’ils aient été achetés sur une plateforme de vente comme Amazon ou via une campagne de financement participatif. Le tableau est exactement similaire pour l’agriculture puisque l’on y retrouve tous ces éléments, mais de façon légèrement différente dans leur approche et leurs fonctionnalités.

Les drones au-dessus des champs

Si le drone grand public sert à se faire plaisir, à piloter et à prendre des photos ou des vidéos, le drone destiné à l’agriculture n’a pas le même but. On peut citer l’eBee de senseFly (une filiale de Parrot) qui réalise des photos des parcelles de terre. Ici, pas question de partager ses clichés sur Instagram. Ces photos, une fois chargées dans des logiciels spécialisés comme celui développé par Airinov permet de connaître l’état des cultures et des sols, et de recevoir des conseils personnalisés comme la quantité d’azote à pulvériser par zone. Les drones permettent donc d’optimiser au mieux la quantité d’azote utilisée, pour économiser de l’argent, mais aussi pour diminuer la pollution et respecter les limites réglementaires.

parrot-sequoia_full_04

La nouvelle caméra Sequoia de Parrot permet d’aller encore plus loin dans l’analyse des sols puisqu’elle permet de gérer la fertilisation, d’optimiser la gestion des pesticides, mais aussi d’estimer le rendement des parcelles. Une caméra aussi bien faite pour les ailes volantes que pour les quadricoptères plus classiques. Les agriculteurs ont le choix d’acheter les drones, de les louer, ou même de demander à un spécialiste de passer réaliser les vols sur les parcelles. Chez Airinov, on parle d’une dizaine d’euros par hectare survolé pour une économie de plusieurs dizaines d’euros par hectare.

 

Les robots pour le maraîchage

Le drone n’est pas le seul outil technologique à disposition des agriculteurs. Toujours dans la robotique, on peut citer un robot créé en collaboration avec l’IRSTEA (ex-Cemagref) et l’entreprise Effidence. On trouve deux robots à destination des maraîchers qui fonctionnent ensemble : le premier, qui suit automatiquement l’agriculteur, fait office de chariot pour déposer la récolte dans un panier. Le second robot suit le premier robot et analyse en continu le sol pour donner des indications à l’agriculteur. Les robots sont modulaires, et peuvent donc servir à d’autres tâches comme par exemple le suivi d’un tracteur pour réaliser l’analyse du sol.


Chaine Youtube FrAndroid

 

Des capteurs Sigfox

Du côté des objets connectés, on a pu en croiser quelques-uns, dédiés aux agriculteurs, sur le salon de l’agriculture. C’est le cas de Weenat, des capteurs connectés pour l’agriculture : on trouve quatre produits différents qui regroupent de nombreux capteurs comme des pluviomètres, des thermomètres (sol et air), des hygromètres et des tensiomètres (pour mesurer la disponibilité en eau du sol). Contrairement à la majorité des produits existants, les capteurs sont ici liés au réseau grâce à Sigfox et non en Wi-Fi. Ce qui permet donc de les positionner dans des champs, très loin d’une prise électrique, puisqu’ils disposent d’une autonomie de 5 ans sur batterie. L’agriculteur a ensuite accès aux données en temps réel, grâce à des applications mobiles et desktop. L’entreprise conseille également l’agriculteur pour optimiser les traitements phytosanitaires et donc encore une fois, réduire les coûts et la pollution.

Capture d’écran 2016-04-01 à 15.49.56

Les différents capteurs de Weenat

 

Le financement participatif

Les agriculteurs n’ont pas seulement à leur disposition des produits connectés. Il existe également des services créés pour leur faciliter la vie. C’est le cas de Miimosa, une plateforme de financement participative française dédiée aux projets en lien avec l’agriculture. Depuis sa création fin 2014, la plateforme a collecté 1 million d’euros avec une moyenne de 6 500 euros récoltés par projet. On trouve de nombreux projets différents, comme un projet de fabrication de glaces artisanales bio, ou encore des aides pour l’installation d’une agricultrice en Ardèche. En contrepartie, les agriculteurs offrent la plupart du temps des produits locaux gourmands. Une plateforme qui permet, également, de faire la publicité des agriculteurs et de mieux se rendre compte de leurs besoins. Une belle idée bien réalisée. Pour 2016, Miimosa espère récolter 2,5 millions d’euros sur 700 projets.

anais miimosa

5000 euros permettraient à Anaïs de continuer à s’occuper de son troupeau

 

L’Amazon de l’agriculture

Toujours dans les services, on peut aborder le cas d’Agriconomie.com, une plateforme de vente en ligne qui se veut être l’Amazon de l’agriculture. Les agriculteurs peuvent alors trouver tout ce qu’il faut pour faire tourner une exploitation : engrais, semences, pièces agricoles, etc. Le fonctionnement est assez simple puisqu’Agriconomie se charge de jouer le rôle d’intermédiaire entre les agriculteurs et les coopératives par exemple. L’agriculteur n’a donc plus besoin de passer par un commercial spécialisé qui va chercher le meilleur prix des produits pour lui. Pour le moment, le site a su séduire plus de 3 000 agriculteurs qui utilisent le service aussi bien sur leur ordinateur que sur leurs smartphones. Contrairement aux idées reçues, les agriculteurs sont très connectés : 85% d’entre eux disposent d’une connexion à Internet.

 

Un outil de gestion libre

Lors du salon de l’agriculture, nous avons également rencontré la startup Ekylibre qui propose un outil de gestion d’exploitation sous forme de logiciel libre et gratuit. Disponible aussi bien sur desktop que sur mobile, Ekylibre permet de tenir sa comptabilité, de gérer sa production, ses opérations commerciales, ses stocks ou encore les relations clients et partenaires. L’application supporte certaines API pour, par exemple, intégrer le support des capteurs Weenat afin de regrouper les données de ces derniers directement au sein d’Ekylibre. L’idée est de pouvoir centraliser l’ensemble des données de l’agriculteur, pour lui faciliter la tâche, augmenter la productivité et baisser les coûts. Pour se rémunérer, l’entreprise propose du stockage dans le cloud et un support.

Ekylibre

 

L’agriculture connectée, la solution ?

L’agriculture connectée semble donc être une partie de la réponse aux diverses crises que connaît le monde agricole avec une problématique des prix en première ligne. Tous ces outils, qu’ils soit matériels ou logiciels, devraient en effet permettre aux agriculteurs de baisser leurs coûts et donc d’augmenter leurs marges. On peut toutefois se poser des questions et ne pas se demander si ces outils ne créent pas plutôt un cercle vicieux. Ce sont en effet davantage les grandes exploitations qui seront tentées d’utiliser ces outils en ayant les moyens d’investir plus massivement qu’une petite structure.

Performance_Gallery-3

Des machines qu’on ne voit pas dans toutes les exploitations

Toutefois, le taux d’équipement augmente rapidement selon un sondage réalisé pour ADquation et La France Agricole. Ainsi, si en 2012, le taux d’équipement des systèmes GPS atteignait 27%, ce chiffre est passé à 46% en 2014. Le taux d’utilisation des systèmes de modulation des doses a lui aussi connu une hausse similaire, passant de 12 à 22% en deux ans. Il existe cependant de grandes disparités entre petits et grands agriculteurs, mais aussi entre culture céréalière, culture laitière et maraîchage.

Selon l’INSEE, les plus petites exploitations sont les plus nombreuses (en décroissance) et un tiers des exploitations sont des grandes structures qui disposent de plus de 100 hectares. À l’inverse, les petites structures exploitent seulement 7% de la surface agricole disponible en France, soit environ 11 hectares par exploitation. Elles sont donc les plus nombreuses, mais restent très petites. La Politique Agricole Commune n’arrange rien, puisque selon l’INSEE, 20% des exploitants percevaient, en 2006, 43% des aides totales. Le secteur qui semble épargné des difficultés est l’agriculture bio, qui arrive à conserver de fortes marges avec une demande croissante. Alors, pour sortir de la crise, agriculture bio ou connectée ?