La période des fêtes est souvent une période faste pour les opérateurs. C’est le moment où les clients sont prêts à se faire plaisir et à s’offrir de nouveaux mobiles. Mais cette année, une nouvelle guerre commerciale accompagnera la vente de mobiles : la 4G. Censée être la meilleure amie du smartphone, la téléphonie de 4e génération est la source d’un combat acharné entre les quatre opérateurs. Si ce combat se déroule sur le terrain de la couverture pour trois d’entre eux, le quatrième se lâche sur les mots.  Mais, n’est-ce pas que des promesses afin de détourner l’attention des clients ?

Free-Mobile-Xavier-Niel

Lors de l’émission Complément d’enquête du 21 novembre (France 2), le patron de Free mobile, Xavier Niel, annonçait qu’il comptait diviser les prix de la 4G par deux. Tout simplement. Cependant, au désespoir des clients impatients de voir arriver cette offre, celle-ci ne devrait pas voir le jour avant… pas mal de temps. Et les opérateurs n’ont pas hésité, comme nous pouvions nous y attendre, à riposter en ce sens.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Nous sommes actuellement les spectateurs d’une guerre de communication qui manque de transparence. Entre les couvertures théoriques « à l’extérieur des bâtiments » et les couvertures « fantômes », il est difficile de ne pas se sentir les dindons de la farce.

Free Mobile a manifesté à plusieurs reprises sa réserve quant à la qualité de couverture 4G de ses concurrents, arguant qu’ils s’étaient tous engagés trop tôt sur la 4G, avant d’avoir une couverture décente. Mais, si cet argument faisait sens il y a six mois, quand la couverture des concurrents était balbutiante, c’est un argument qui n’est plus valable dorénavant. Pour Noël, deux des opérateurs couvriront plus de la moitié de la population, ce qui est loin d’être négligeable. Alors, comment Free Mobile peut-il promettre des prix deux fois moindres ?

Un réseau sans itinérance

Il est crucial de rappeler que la rentabilité de Free Mobile s’obtient en faisant transiter les données de ses clients sur son propre réseau. À son arrivée début 2012, il ne possédait pas l’infrastructure suffisante pour accueillir tout le monde, partout en France. C’est pourquoi l’opérateur a signé un contrat d’itinérance avec Orange, permettant à ses clients non couverts par une antenne Free Mobile de profiter néanmoins d’une couverture. Au fil des mois, Free Mobile investit une partie de ses revenus dans son infrastructure et déploie donc de nouvelles antennes –ce qui a pour conséquence d’augmenter sa rentabilité. Mais, en choisissant de s’attaquer au prix, l’opérateur a également choisi de déployer son réseau 3G/4G petit à petit, à un rythme d’une cinquantaine d’antennes par mois (contre 1000 antennes 4G pour le seul mois de novembre chez Orange, 800 pour Bouygues Télécom et 100 chez SFR). Autrement dit, si l’opérateur garde ce rythme de déploiement, il pourra effectivement proposer un forfait 4G pour le même prix que son forfait actuel, soit deux fois moins cher que ses concurrents 4G. Mais, sûrement pas pour tout de suite.

Il ne faut pas oublier que cette fois-ci, les clients Free mobile ne bénéficieront pas d’une itinérance 4G –ce n’est pas d’actualité en tout cas. La seule itinérance 4G prévue est une itinérance sur les zones peu denses prioritaires et concernera la bande des 800MHz chez SFR. Autant dire que cette itinérance ne verra pas le jour avant quelques années. Ainsi, si aujourd’hui les clients Free Mobile peuvent profiter du réseau Orange pour la 2G et 3G (jusqu’en 2017), pour la 4G il n’en est rien. Free Mobile devra supporter la totalité des données circulant en 4G. Si l’on conjugue cela avec la politique tout à fait défendable de ne proposer des forfaits 4G que lorsque la couverture sera suffisante, cela ne laisse guère place à un quelconque espoir pour Noël… En effet, son potentiel de couverture 4G devrait atteindre les 30 % du territoire d’ici quelques mois. Cela semble être insuffisant compte tenu des déclarations qu’ils ont faites, notamment sur la couverture de leurs concurrents. S’ils souhaitent proposer une couverture de 50% par exemple, il faudra compter, au mieux, sur l’année 2015 – à ce rythme de déploiement.

Une guerre de communication

 4G-Orange-SFR-Bouygues

Au final, sur cette promesse de diviser les prix par deux, un concurrent de Free Mobile lâche son analyse par le biais du magazine Challenge :

Cette annonce tonitruante a pour but de faire en sorte que les consommateurs diffèrent leur abonnement à la 4G. Niel espère que les consommateurs voudront attendre ses offres 4G à lui. Or il est vraisemblable que celles-ci ne seront pas disponibles chez Free avant plusieurs années. Il veut nous mettre volontairement des bâtons dans les roues juste avant les fêtes….

Finalement, c’est une guerre de promesses et de mots. Si nous sommes habitués à ce genre d’échanges stériles – la concurrence sur les smartphones se fait souvent sur le terrain des specs, en comparant ce qui n’est pas comparable – ce manque de clarté aura tendance à en irriter plus d’un. Car, à ce discours de « détournement » il faut ajouter les ambiguïtés de couverture et de débits. Certains promettent des débits jusqu’à 115 Mbit/s, alors que la grande majorité de leurs antennes se basent sur une largeur de 10 MHz (soit théoriquement 75 Mbit/s), ce qui est quelque peu… limite. Autre exemple : la couverture de Paris. Orange aura probablement déployé toutes ses antennes dans la capitale d’ici Noël, ce qui ne lui a pourtant pas empêché d’annoncer une couverture de tous les arrondissements de Paris dès le mois de septembre (le constat est le même chez SFR). C’est jouer sur les mots, ce n’est pas mentir. Cela reste néanmoins gênant.

On n’est jamais si bien servi que par soi-même

Au final, le meilleur moyen de vérifier la couverture est de s’informer sur les antennes relais à proximité. Un passage rapide sur un site de cartographie des antennes relais permet par exemple de voir qu’au 1er octobre 2013 Orange possédait moins de 200 antennes 4G dans la capitale, contre plus de 400 en 3G. Ce n’est qu’à la fin de cette année qu’il dépassera les 400 antennes 4G. Autrement dit, pour obtenir une couverture de qualité, il faut vérifier que le nombre d’antennes 4G qui vous couvrent ne s’éloigne pas trop du nombre d’antennes 3G au même endroit. Ce critère a bien des défauts, certes, mais il conviendra dans beaucoup de cas. Attention quand même aux opérateurs dont l’écart entre antennes déclarées en services et antennes autorisées est important. Les sites de cartographie n’indiquant que  les antennes autorisées, cette donnée pourra se révéler biaisée dans le cas de SFR par exemple, dont la moitié des antennes autorisées ne sont pas déployées.

Pour rappel, l’agence nationale des fréquences fournit mensuellement un récapitulatif du nombre d’antennes 4G déclarées et autorisées. À la vitesse actuelle du déploiement, Orange ou Bouygues Télécom auront chacun à la fin de l’année 2013 plus de 5000 antennes compatibles 4G. Free mobile ne possède quant à lui que 2755 autorisations pour des antennes 3G (soit probablement le même nombre en 4G).

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La 4G pour tous, dans quelques années…

La stratégie de Free mobile a été jusque là de proposer des prix très agressifs – sa façon de combattre l’oligopole en place. Sur ce point, Xavier Niel a bien raison de souligner qu’il a rendu du pouvoir d’achat aux Français. Mais, il semble bien trop tôt, au regard de son potentiel de couverture, de promettre un forfait 4G équivalent avec une facture deux fois moindre. Ici, il est bien question d’une guerre de communication.

Choisir de privilégier le prix sur la vitesse de déploiement est un choix qui devrait ravir beaucoup de clients. Pour les plus addicts, la stratégie des concurrents qui consiste à investir vite sur la 4G pour se différencier par le réseau fera rapidement la différence. L’année 2014 sera probablement, dans les télécoms, l’année de la 4G. Mais, pas pour tous…

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